21/09/2026

Comment faire un plan de trésorerie sur 12 mois ? 8 étapes

Un plan de trésorerie sur 12 mois est un tableau à douze colonnes, une par mois, où vous inscrivez vos encaissements réels, vos décaissements, puis le solde de fin de mois qui devient le solde d’ouverture du mois suivant. Il se construit en huit étapes dans un tableur et s’actualise chaque semaine avec les montants effectivement passés en banque.

Pourquoi un plan de trésorerie et pas un prévisionnel de chiffre d’affaires ?

Parce que ces deux instruments ne mesurent pas la même chose. Le prévisionnel d’activité raisonne en facturation : une prestation vendue le 15 mars apparaît en mars. Le plan de trésorerie raisonne en flux bancaires : la même prestation, réglée à trente jours fin de mois, apparaît fin avril. Un mois et demi d’écart, et c’est exactement là que se logent les défauts de paiement.

Sa fonction tient en un mot : anticiper. Si votre solde plonge en septembre, vous le savez en mai. Vous avez quatre mois pour relancer un client, décaler un investissement, négocier un délai fournisseur ou demander un découvert autorisé à froid. Sans ce tableau, vous découvrez le trou le matin où la banque rejette un prélèvement, et vos marges de manœuvre sont nulles.

Comment construire son plan de trésorerie sur 12 mois ?

  1. Structurez le fichier en trois blocs. En colonnes, les douze mois à venir. En lignes, un bloc encaissements, un bloc décaissements, puis un bloc solde à trois lignes (solde de début de mois, variation du mois, solde de fin de mois).
  2. Listez les encaissements à leur date d’arrivée réelle. Ce qui est déjà facturé et dont l’échéance tombe dans le mois est certain. Les affaires en négociation se pondèrent par une probabilité ou se traitent en deux scénarios. Le récurrent contractuel se reporte tel quel.
  3. Détaillez les décaissements d’exploitation. Une ligne par poste : achats fournisseurs, salaires nets, cotisations, loyer, énergie, abonnements, assurances, frais bancaires, mensualités d’emprunt. Ce détail n’est pas cosmétique : si un trou apparaît, vous devez pouvoir dire d’où il vient.
  4. Positionnez les échéances fiscales et sociales à leur date exacte. TVA, acomptes d’impôt sur les sociétés, cotisation foncière des entreprises, cotisations Urssaf. Ces sorties sont connues d’avance et ce sont elles qui creusent les mois difficiles.
  5. Appliquez votre saisonnalité réelle. Si votre activité d’août recule historiquement de 40 %, inscrivez 40 %, pas 10 % parce que cela arrange le tableau. Les charges fixes, elles, ne prennent pas de vacances.
  6. Ajoutez les dépenses ponctuelles. Prime annuelle, renouvellement de licence, cotisation d’assurance appelée en une fois, taxe foncière. Ce sont les oubliés classiques, et ils pèsent lourd sur un seul mois.
  7. Calculez les soldes et lisez la ligne du bas. Variation du mois = encaissements moins décaissements. Solde de fin de mois = solde de début plus variation. Reportez ce solde en ouverture du mois suivant, puis regardez la série des douze soldes.
  8. Actualisez chaque semaine. Remplacez le prévisionnel du mois en cours par le réalisé bancaire, puis reprojetez les onze mois suivants. Dix minutes, une fois par semaine, toujours le même jour.

À quoi ressemble un plan de trésorerie rempli ?

Voici les quatre premiers mois d’une TPE de services dont le solde bancaire d’ouverture est de 18 000 €. Tous les montants sont des flux bancaires, pas des facturations.

Poste Janvier Février Mars Avril
Encaissements clients 42 000 € 38 000 € 45 000 € 51 000 €
Autres encaissements 0 € 3 000 € 0 € 0 €
Total encaissements 42 000 € 41 000 € 45 000 € 51 000 €
Achats fournisseurs 14 000 € 13 000 € 15 000 € 17 000 €
Salaires et cotisations 19 000 € 19 000 € 19 000 € 19 000 €
Loyer et charges fixes 4 500 € 4 500 € 4 500 € 4 500 €
TVA à payer 3 200 € 2 800 € 3 500 € 3 900 €
Acompte d’impôt sur les sociétés 0 € 0 € 6 000 € 0 €
Mensualité d’emprunt 1 800 € 1 800 € 1 800 € 1 800 €
Total décaissements 42 500 € 41 100 € 49 800 € 46 200 €
Solde de début de mois 18 000 € 17 500 € 17 400 € 12 600 €
Variation du mois -500 € -100 € -4 800 € +4 800 €
Solde de fin de mois 17 500 € 17 400 € 12 600 € 17 400 €

Mars décroche de 4 800 € pour une seule raison, l’acompte d’impôt sur les sociétés. Rien n’a changé dans l’activité. Le tableau permet de voir cette bosse dès janvier et de ne pas programmer d’achat de matériel ce mois-là.

Quelles échéances fiscales et sociales inscrire d’office ?

La TVA. Au régime réel normal, déclaration et paiement sont mensuels, avec un passage possible au trimestre lorsque la TVA annuelle due n’excède pas 4 000 €. Au régime réel simplifié, le paiement prend la forme de deux acomptes, 55 % de la TVA de l’exercice précédent en juillet et 40 % en décembre, le solde étant régularisé avec la déclaration annuelle déposée en mai. Les entreprises dont la TVA annuelle due est inférieure à 1 000 € sont dispensées d’acomptes.

L’impôt sur les sociétés. Les acomptes sont dus les 15 mars, 15 juin, 15 septembre et 15 décembre, le solde au plus tard le 15 du quatrième mois suivant la clôture, soit le 15 mai pour un exercice clos au 31 décembre. Une société dont l’impôt de référence est inférieur à 3 000 € en est dispensée, comme une société lors de son premier exercice d’activité.

La cotisation foncière des entreprises. Un acompte de 50 % est appelé en juin lorsque la cotisation de l’année précédente dépasse 3 000 €, et le solde est à payer au plus tard le 15 décembre.

Les cotisations sociales. Pour un employeur, l’échéance tombe le 5 du mois suivant lorsque les salaires sont versés au cours du mois travaillé, le 15 dans les autres cas. Les employeurs de moins de 11 salariés peuvent opter pour un paiement trimestriel, les échéances étant alors fixées aux 15 avril, 15 juillet, 15 octobre et 15 janvier, la déclaration sociale nominative restant mensuelle.

À quelle fréquence mettre à jour son plan ?

Une fois par semaine, toujours le même jour, dix minutes. La recommandation habituelle est mensuelle et nous ne la partageons pas : un mois de retard sur un plan de trésorerie, c’est un mois passé à piloter avec des chiffres faux. La mise à jour hebdomadaire a un second effet, moins évident : elle vous oblige à regarder vos impayés avant qu’ils ne deviennent des créances douteuses.

Un point de méthode qui évite beaucoup d’illusions : conservez la version prévisionnelle initiale dans un onglet séparé, puis comparez le prévu et le réalisé au bout de six mois. Vous découvrirez votre biais personnel, presque toujours le même, une surestimation des encaissements. Une fois ce biais connu, vos projections deviennent nettement plus fiables sans aucun outil supplémentaire. Les logiciels, eux, se justifient quand le volume d’écritures rend la saisie intenable ou quand plusieurs comptes doivent être consolidés : un tableau de bord connecté à votre banque mais jamais ouvert ne vaut pas mieux qu’un fichier vide.

Foire aux questions

Faut-il raisonner en hors taxes ou en toutes taxes comprises ?

En toutes taxes comprises, sans exception. Un plan de trésorerie enregistre des mouvements bancaires, et votre client vous règle le montant TTC. La TVA collectée entre donc en encaissement, puis ressort en décaissement le mois où vous la versez. Raisonner hors taxes fausse le solde et masque le poids réel des échéances fiscales.

Sur quelle durée projeter, 12 mois ou plus ?

Douze mois glissants sont le bon compromis : assez long pour voir venir une tension saisonnière, assez court pour rester crédible. Au-delà, les hypothèses de chiffre d’affaires deviennent trop fragiles pour piloter. Si votre banque réclame trois ans, elle demande un plan de financement, ce qui est un autre document.

Comment traiter un client qui paie toujours en retard ?

Inscrivez son règlement à la date à laquelle il paie vraiment, pas à celle que prévoit votre facture. Si l’historique montre systématiquement trois semaines de retard, décalez de trois semaines : votre plan doit décrire le monde tel qu’il est. En parallèle, tout retard ouvre de plein droit une indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 € par facture.

Que faire quand le solde projeté devient négatif ?

Agissez pendant qu’il est encore positif, c’est tout l’intérêt du tableau. Relance des factures échues, acomptes sur les commandes en cours, report d’un investissement non critique, négociation d’un délai fournisseur, mise en place d’un découvert autorisé. Un banquier prévenu quatre mois à l’avance raisonne autrement qu’un banquier mis devant le fait accompli.

Le plan de trésorerie remplace-t-il la comptabilité ?

Non, ce sont deux exercices distincts. La comptabilité constate le passé et répond à des obligations légales. Le plan de trésorerie projette l’avenir et n’a aucune valeur réglementaire. Votre expert-comptable produit le premier, vous seul pouvez tenir le second, parce qu’il repose sur des informations commerciales que lui n’a pas.

Pour aller plus loin

Un plan de trésorerie ne corrige pas un cycle d’exploitation trop gourmand : pour cela, mesurez d’abord votre besoin en fonds de roulement. Et si votre projection révèle un besoin de financement durable, ce plan sera la première pièce examinée dans votre dossier de prêt bancaire professionnel.

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